13.08.22
17:04

A Téhéran, des Iraniens se réjouissent de l'agression contre Rushdie

Au marché aux livres de Téhéran, tout le monde est au courant samedi de l'agression subie la veille par l'écrivain britannique Salman Rushdie aux Etats-Unis, mais seuls ceux soutenant cette attaque s'expriment.

Plus de 30 ans après la publication des "Versets sataniques", le livre et son auteur sentent toujours le souffre en Iran et dans les rues de la capitale personne n'ose ouvertement condamner l'attentat.

En 1989, le fondateur de la République islamique, l'ayatollah Rouhollah Khomeiny, avait émis une "fatwa" appelant à son assassinat, contraignant l'auteur britannique à se cacher pendant des années et vivre sous protection policière.

Né en Inde au sein d'une famille d'intellectuels musulmans non pratiquants, Salman Rushdie a été poignardé vendredi au cou et à l'abdomen dans l'Etat de New York par un homme qui a été arrêté. Il a été placé sous respirateur et risque de perdre un oeil selon son agent Andrew Wylie.

"J'étais très heureux d'apprendre la nouvelle. Quel que soit l'auteur (de l'attaque), je lui baise la main (...) Que Dieu maudisse Salman Rushdie", assure Mehrab Bigdeli, qui se présente comme un religieux chiite.

"Les gouvernements occidentaux ont dépensé des millions de dollars pour le protéger, mais les musulmans avaient décidé de l'envoyer en enfer", déclare en souriant ce quinquagénaire à la barbe poivre et sel, une casquette militaire vissée sur le crâne.

Plusieurs personnes interrogées par l'AFP ont cependant refusé de commenter devant une caméra l'attaque contre Salman Rushdie, préférant continuer leur chemin sans dire mot. 

Dans la rue Enghelab, le cœur des librairies de la capitale, "Les versets sataniques" est interdit contrairement à certains autres ouvrages de M. Rushdie comme "La honte" dont la version persane avait été primée par l'Etat en 1985.

"Apostat" 

Dans cette artère, fréquentée principalement par les étudiants car elle se trouve à proximité de l'Université de Téhéran, se dresse un immense portrait de l'ayatollah Khomeiny, qui qualifiait l'écrivain d'"apostat".

"Salman Rushdie avait écrit un livre et selon l'imam Khomeiny, son exécution était autorisée car il avait exprimé des idées blasphématoires dans son roman. J'étais content d'apprendre la nouvelle", confie Ahmad, un étudiant en gestion.

Mais alors que les grandes puissances s'évertuent à relancer l'accord sur le nucléaire iranien, à l'issue duquel l'Iran espère une levée des lourdes sanctions qui plombent son économie, Ahmad laisse percer son inquiétude. 

"Cet incident peut avoir un impact négatif sur les négociations car les Occidentaux peuvent considérer cette action comme terroriste", dit-il.

Mehrab Bigdeli, lui, n'en a cure.

"Bien sûr nous voulons un accord mais seulement si notre religion et notre dignité sont préservées. Peu importe si l'accord nucléaire est compromis, la mort probable de Salman Rushdie est plus importante", assure-t-il.

Si l'Iran n'a officiellement pas réagi à l'attaque contre l'écrivain britannique, le principal quotidien ultraconservateur iranien, Kayhan, s'en est félicité. 

"Bravo à cet homme courageux et conscient de son devoir qui a attaqué l'apostat et le vicieux Salman Rushdie", écrit le journal, dont le patron est nommé par le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei.

Interrogé par l'agence de presse ultraconservatrice Fars, l'ayatollah Hossein Radaï, professeur de théologie à l'Université Shahed, a lui aussi justifié l'attaque.

"Une personne qui se détourne de la religion de l'islam (...) est appelée un apostat. C'est quelqu'un comme Salman Rushdie qui a non seulement rejeté l'islam [mais] a cherché à l'insulter. Selon la jurisprudence, un tel apostat mérite la mort", a-t-il dit.

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