11.07.22
21:05

L'UE se prépare à une crise migratoire en raison de l'insécurité alimentaire

L'Union européenne se prépare à une possible vague d'arrivées de réfugiés en raison de l'insécurité alimentaire aggravée par la guerre en Ukraine, et veut éviter une "crise à ses frontières", a indiqué lundi la commissaire européenne aux Affaires intérieures Ylva Johansson.

"Les tensions créées par la crise alimentaire et la crise énergétique (...) peuvent conduire à des situations d'insécurité" qui incitent les gens à quitter leur pays, a déclaré la commissaire suédoise lors d'une conférence de presse à l'issue d'une réunion des ministres européens de l'Intérieur à Prague.

"Bien sûr c'est un énorme défi", a-t-elle reconnu, ajoutant que "personne ne pouvait prédire" le nombre d'arrivées.

Mais "nous ne devons pas attendre d'avoir une crise à nos frontières", a-t-elle lancé.

La Commission et les Etats membres travaillent à des "plans de contingence" pour faire face à ces arrivées. 

"Mais bien sûr nous essayons d'éviter cela, en nous mettant en contact avec des pays partenaires", a poursuivi la commissaire, qui doit signer vendredi à Bruxelles un "partenariat de lutte contre le trafic" de migrants avec le ministre nigérien de l'Intérieur Hamadou Adamou Souley.

 

20 millions de tonnes de céréales bloquées

La directrice par intérim de l'agence de garde-côtes et de garde-frontières Frontex, Aija Kalnaja, avait souligné dans la matinée que l'UE s'était bien préparée pour les réfugiés d'Ukraine mais qu'elle devait se préparer à des vagues migratoires d'autres régions du monde en raison de l'insécurité alimentaire.

L'Ukraine, un des plus gros exportateurs mondiaux de céréales, a vu sa production bloquée par l'offensive militaire de Moscou. Environ 20 millions de tonnes de céréales provenant de la récolte de l'année dernière sont bloquées dans les ports ukrainiens sur la mer Noire.

La situation a aggravé la flambée des prix sur les marchés mondiaux et la crise alimentaire qui menace les grands clients de l'Ukraine, notamment les pays africains et moyen-orientaux.

Moscou affirme qu'elle autorisera les navires ukrainiens chargés de produits alimentaires à appareiller si l'armée ukrainienne démine ses ports, ce que Kiev, qui craint pour la sécurité de ses côtes de la mer Noire, refuse d'envisager.

Le Haut Commissaire aux réfugiés de l'ONU Filippo Grandi a également averti en juin que sans réponse à la crise alimentaire provoquée par la Russie, le record de 100 millions de personnes déplacées dans le monde allait encore grossir, évoquant "un grand nombre".

La guerre déclenchée par la Russie en Ukraine le 24 février a provoqué une vague de réfugiés en provenance de ce pays -sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale- qui a poussé l'UE à leur octroyer un statut de protection temporaire inédit.

Un total de 6,7 millions d'Ukrainiens sont entrés dans l'UE depuis le début de l'offensive, mais quelque trois millions sont rentrés dans leur pays, selon Ylva Johansson qui a estimé à "entre 3,2 et 3,7 millions" le nombre de réfugiés ukrainiens se trouvant actuellement dans l'UE.

La Pologne est le pays d'UE qui en compte le plus (1,2 million). La République tchèque est le pays qui en accueille le plus par rapport au nombre d'habitants (près de 400.000).

Selon Frontex, du 30 juin au 6 juillet, les ressortissants ukrainiens ont été moins nombreux à entrer dans l'UE (252.246) qu'à revenir dans leur pays (265.793).

Ylva Johansson a indiqué que les flux entre l'Ukraine et l'UE étaient revenus au niveau d'avant la guerre.

Elle a ajouté que "beaucoup d'Ukrainiens dans l'UE allaient prendre une décision" sur un éventuel retour dans leur pays "avant la rentrée des classes".

Partager cet article