10.06.22
14:18

Vol d'un Banksy au Bataclan: de 18 mois à quatre ans de prison ferme requis contre les huit prévenus

Un "comportement de charognards": le ministère public a requis vendredi de 18 mois à quatre ans de prison ferme contre huit prévenus jugés pour le vol ou le recel d'une porte du Bataclan, ornée d'une peinture de Banksy en hommage aux victimes du 13-Novembre.

Huit hommes, âgés de 31 à 58 ans, comparaissent depuis mercredi pour avoir joué un rôle dans la disparition en janvier 2019 d'une porte arrière du Bataclan, recouverte d'une peinture au pochoir revendiquée par l'énigmatique street-artist britannique.

La "jeune fille triste" avait été peinte en juin 2018 dans le passage Saint-Pierre-Amelot, ruelle par laquelle de nombreux spectateurs avaient fui lors de l'attentat du 13 novembre 2015. 90 personnes avaient été tuées dans la salle de spectacle.

"Le vol de cette porte a suscité une émotion très forte et un trouble majeur à l'ordre public", a estimé la procureure Valérie Cadignan dans son réquisitoire.

A l'issue du procès, "nous sommes tous d'accord pour dire qu'il ne s'agissait pas de profaner", a-t-elle néanmoins poursuivi, mais "de faire un profit en ayant conscience de la valeur inestimable de cette porte".

"Inestimable" car "émanant d'un des artistes les plus cotés au monde" et "chargée d'un pouvoir d’évocation mémorielle important", a souligné la représentante de l'accusation. Évoquant Thénardier qui, dans les Misérables de Victor Hugo, "dépouille" un cadavre, elle a parlé d'un "comportement de charognard".

 

"Commanditaire"

 

Alors que les prévenus ont décrit à la barre une certaine "improvisation", la procureure a écarté l'idée d'un "vol de pieds nickelés", parlant plutôt d'une "organisation structurée".

Elle a requis quatre ans d'emprisonnement avec un mandat de dépôt, soit une incarcération immédiate, contre Franck Aubert et Kévin Gadouche, ainsi que trois ans contre Danis Gérizier, avec pour lui un maintien en détention.

Ces trois hommes ont reconnu le vol, en huit minutes, de la porte, peu après 4H00 du matin le 26 janvier 2019, à l'aide de disqueuses reliées à un groupe électrogène installé dans un fourgon aux plaques dissimulées. Le premier, contredit par le deuxième, a néanmoins affirmé avoir été forcé à participer.

La magistrate a demandé six ans de prison dont trois ferme, ainsi que 150.000 euros d'amende, pour Mehdi Meftah, qualifié de "commanditaire" même s'il n'est juridiquement poursuivi que pour recel de vol aggravé.

"Tous les chemins mènent" à cet homme de 41 ans, devenu millionnaire en 2017 après un gain au loto et qui avait lancé avant cette affaire une marque de t-shirt de luxe baptisée "BL1.D", a estimé la procureure.

Mehdi Meftah s'est défendu à la barre d'avoir "commandé" l’œuvre, assurant avoir été mis "devant le fait accompli" et avoir ensuite voulu "éloigner le problème".

Contre un cinquième homme, "l'évacuateur", qui a aidé à acheminer la porte le jour du vol dans le Var, au domicile de Mehdi Meftah, quatre ans dont deux ferme assortis de 4.500 euros d'amende ont été requis.

 

"Mémoire bafouée" 

 

Contre deux "transporteurs", qui ont déplacé l'objet depuis le Var le 28 janvier 2019 vers un hôtel de Tortoreto, en Italie, trois ans dont 18 mois ferme ainsi que 1.500 euros d'amende ont été requis.

La même peine de prison, mais assortie de 50.000 euros d'amende, a enfin été demandée pour la "nourrice", le propriétaire de l'hôtel qui a, plus tard, déplacé l’œuvre dans le grenier d'une ferme à Sant-Omero où elle a été découverte par les policiers le 10 juin 2020.

Les plaidoiries de la défense sont prévues vendredi après-midi. Le tribunal a annoncé qu'il mettrait sa décision en délibéré au 23 juin.

La veille, l'une des avocates du Bataclan, Me Laureline Giron, avait rappelé que, hasard du calendrier, ce procès se tenait au même moment - mais dans un autre bâtiment - que celui des attentats du 13 novembre 2015, qui s'est ouvert en septembre. Après neuf mois d'audience, le parquet national antiterroriste doit finir d'y prendre ses réquisitions vendredi.

"La mémoire de ce drame n'aurait jamais dû être bafouée ainsi pour un mobile aussi vain, futile, tristement banal: l’argent", avait plaidé Me Giron, demandant 47.000 euros au titre des dommages et intérêts.

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