01.04.21
08:00

Une nouvelle décision urgente ou l'arrêt des trains vers la Côte: la lettre explosive de la patronne de la SNCB

Sans décision politique urgente, "seule subsisterait l'option d'une mise à l'arrêt du trafic ferroviaire vers les destinations visées": la patronne de la SNCB, par une lettre que nous avons pu consulter, met la pression sur le ministre de la Mobilité.

Dans une lettre envoyée hier mercredi au ministre de la Mobilité Georges Gilkinet (Ecolo), ainsi qu'au Premier ministre et à la ministre de l'Intérieur, la CEO de la SNCB Sophie Dutordoir se montre particulièrement critique et remontée envers les décisions gouvernementales qu'elle juge inefficaces. Y compris la limitation "côté fenêtre". Une missive qui passe mal, discutée hier soir en kern, mais dont les termes sont sans équivoque. Un vent favorable nous a transmis cette lettre au ton ferme. 

 

Une "situation qui risque de devenir ingérable"

Confrontée à une affluence de voyageurs vers la Côte, la patronne de la SNCB estime dans sa lettre que “la mise en oeuvre des dernières décisions du Comité de Concertation placera la SNCB dans une situation qui, sans prise d'autres mesures urgentes et contraignantes de la part des autorités publiques, risque de devenir ingérable.”

Le “plan affluence renforcé” communiqué hier après-midi a d'ailleurs fait l'objet de multiples réunions. Dont encore une ce lundi. D'autres mesures ne sont pour le moment pas envisagées dans l'immédiat. 

Ce qui ne plaît pas à Sophie Dutordoir, qui craint une “situation qui pourrait mettre directement en péril le maintien de l'ordre public et la sécurité de nos voyageurs, de notre personnel et des forces de l'ordre, et ce pas uniquement au plan sanitaire.”

 

Dans sa lettre d’hier au ministre fédéral de la Mobilité, avec qui elle avait connu un épisode musclé qui avait déjà fait couler beaucoup d’encre, elle souligne que “l'expérience de ces dernières heures démontre incontestablement que l'afflux de voyageurs vers les gares et trains de la SNCB reste fort en dépit de nos communications et de celles du Centre national de Crise déconseillant aux voyageurs de prendre le train pour se rendre à la Côte. (...) La situation démontre que les accords pris sous la coordination du Centre national de Crise et la conjugaison des efforts entrepris jusqu'à présent par toutes les parties concernées (pour I'essentiel, les forces de l'ordre, les autorités locales et la SNCB) ne suffisent pas à endiguer I'afflux de voyageurs.”

 

"La capacité de production maximale dépassée"

Des mesures jugées inefficaces pour juguler le trafic donc, y compris la fameuse mesure “côté fenêtre” de Georges Gilkinet. “La nouvelle mesure de limitation des places assises (côté fenêtre), telle qu'elle entrera en vigueur le 3 avril prochain, aura néanmoins pour effet inéluctable que la demande non maîtrisée de transport vers la Côte excédera la capacité de production maximale que la SNCB peut déployer.”

 

Un observateur de la politique fédérale nous glisse à ce propos, que Sophie Dutordoir "utilise cette missive comme un paravent. Pour se défaire de ses propres responsabilités. Même si c'est vrai que la SNCB est confrontée à de réelles difficultés". La patronne de la SNCB répète en effet depuis plusieurs jours que la SNCB ne peut “tout assumer seule.”

 

Levée des limitations, limitations plus strictes ou… l’arrêt total vers la Côte

Ainsi, Sophie Dutordoir avance deux possibilités de “décisions urgentes” dans le chef politique, “dans l'intérêt des voyageurs et de notre personnel.  Soit autoriser la SNCB (...) à mobiliser la totalité de sa capacité nominale de transport, par la levée des mesures de limitation qui prévalent pour les destinations touristiques; soit introduire une mesure urgente d'ordre public afin de limiter strictement les déplacements en train vers la Côte.”

Avant de conclure par un cinglant: “Vous comprendrez qu'en I'absence d'une telle décision, Ia SNCB risque de ne plus être en mesure d'exécuter sa mission de service public dans des conditions sûres. Les risques à l'égard des voyageurs et de notre personnel seraient alors inacceptables. Seule subsisterait dans ce cas l'option d'une mise à l'arrêt du trafic ferroviaire vers les destinations visées, piste que nous voulons tous à tout prix éviter.”

 

Codeco

Le ministre Gilkinet et Sophie Dutordoir vont encore se parler ce matin pour tenter d'apaiser les choses. Mais aucun changement n'est attendu. "Tout le monde se renvoie la balle alors que c'est une décision du Comité de concertation qui est pourfendue..."

 

Romuald La Morté, Vincent Schmitz

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